The MadMax Uranium Express – le convoi de tous les dangers

INPACT revient sur le convoi probablement le plus dangereux du moment: le transport d’uranium depuis le Niger vers le Togo à travers des enclaves contrôlées par les groupes armées terroristes de la zone. Ce convoi dont l’acheteur n’a pas été identifié pour le moment mais qui serait russe rappelle que le continent africain fait l’objet de toutes les convoitises et que certains acteurs sont prêts à tout pour acquérir des minerais très spécifiques comme l’uranium.

A la poursuite de l’or jaune

L’uranium exploité dans les mines d’Arlit au Niger fait l’objet de toutes les controverses depuis l’arrivée de la junte du Général Tiani au pouvoir en 2023. Point de tension récurrent au Niger et symbole du passé que la junte veut gommer, la junte annonce le 19 juin 2025 son intention de nationaliser l’entreprise SOMAIR (Société des Mines de l’Aïr), filiale détenue à 63.4% par ORANO (ex-AREVA). Cela fait suite à la perte de contrôle d’ORANO sur les activités de sa filiale mise en difficulté par l’actionnariat nigérien. Depuis un bras de fer juridique est engagé par ORANO contre l’Etat du Niger pour faire valoir ses droits – notamment sur le stock actuel d’uranium produit – devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) », une organisation de la Banque mondiale basée à Washington.

Bien que le marché n’est plus monopolistique depuis l’arrivée de la China Nuclear Engineering and Construction Corporation en 2007, puis Somina en 2024 et une réforme du code minier, la SOMAIR est assise sur un trésor jaune avec une production dégradée de 1130 tonnes d’uranium par an depuis 2023 contre 2000 tonnes en année normale. L’usine de la SOMAIR traite le minérais extrait pour produire de l’uranate de soude (le Yellowcake, qui contient environ 75 % d’uranium). Cette quantité aurait été bloquée d’après ORANO dans le pays.

Pas étonnant que la production de la société suscite des convoitises et que le Niger soit prêt à tout pour conclure un accord commercial. En 2024, Africa Intelligence révèlait l’existence de négociations de 300 tonnes de yellow cake entre la junte du Général Tiani et la République Islamique d’Iran sans en voir apparemment l’aboutissement. Les deux pays ont renforcé fortement leurs liens depuis l’arrivée de la junte militaire au pouvoir avec des accords de coopération dans les domaines économiques en Janvier 2024, suivi d’un accord de défense et sécurité en Mai 2025.

La politique souverainiste de Tiani concernant l’uranium, le régime militaire et l’impatience à vendre les stocks d’Orano ont poussé le directeur de l’AIEA à se déplacer au Niger pour explorer comment renforcer leur partenariat en Mars 2025 rappelant que l’agence “veille à des opérations sûres, sécurisées et pacifiques tout en soutenant ce secteur“.

Depuis l’arrivée de la junte au pouvoir, la Russie a clairement manifesté son intérêt pour les ressources en uranium du pays. En juin 2024, le géant du nucléaire russe, Rosatom, qui est particulièrement actif au Sahel et aussi l’une des dernières entités stratégiques russes à ne pas être sanctionnée, aurait entamé des négociations avec le Niger d’après des révélations de Bloomberg. Peu de temps après, en juillet, c’est l’envoyé Turc qui vient plaider sa cause pour l’approvisionnement en uranium qui pourrait concerner des projets de centrales en construction alors que la première, Akkuyu, est en développement par Rosatom. Puis en novembre 2024, le Niger invite officiellement dans un entretien donné aux médias russes les sociétés russes à se manifester pour l’exploitation de l’uranium. En Juillet 2025, le Niger signe un Memorandum of Understanding avec Rosatom afin de développer un écosystème complet lié au nucléaire pacifique dans le pays allant de l’exploitation de l’uranium à la distribution de l’électricité. En septembre dernier, lors d’un forum international sur le nucléaire, Rosatom annonce avoir reçu des propositions très intéressantes du Niger concernant une éventuelle coopération.

Uranium Express

Le général Tiani se rend à Arlit et Agadez du 08 au 12 novembre et visite la SOMAIR. A cette occasion, il rappelle que “nous n’avons besoin d’aucune autorisation pour vendre à qui on veut nos richesses naturelles”

Dès le 21 novembre, une vidéo est diffusée sur plusieurs plateformes (X et Tiktok où elle sera supprimée rapidement) montrant un avion cargo IL76 présent à Agadez qui appartiendrait à la flotte de transport de l’armée de l’air russe.

Sur l’imagerie satellite, il n’y a pas d’avion le 17 novembre sur l’aéroport d’Agadez sur le taxiway mais on voit un avion le 19 novembre et on distingue la présence d’un avion le 24 novembre sans confirmation du modèle. Il n’est pas possible de vérifier si les rotations de cet avion indique le transport de personnels de l’Africa Corps qui pourraient servir à sécuriser les convois de l’Uranium Express.

Imagerie satellite montrant l’aéroport d’Agadez le 19 novembre 2025. Source: Planet

Dès le 28 Novembre la vidéo du convoi est diffusée sur plusieurs réseaux sociaux et largement reprise. Elle est filmée le long de l’axe central d’Arlit qui mène à la route d’Agadez. On y voit 6 camions avec chacun 2 containers de type KC20 avec le pictogramme de danger radioactif. On voit aussi un porteur sans remorque. Le passage du convoi nous est confirmé par un contact sur place qui a pu le voir passer. D’après plusieurs sources en ligne et contacts, l’entreprise prestataire pour le transport serait une société nigérienne BM TRANS SA appartenant à Baye Mohamed qui va mettre dès le 24 novembre 41 camions à disposition et 13 autres camions via sa filiale nommée OYAM, ainsi que deux tracteurs de secours et des mécaniciens. Les premiers camions filmés arrivent à Agadez le 27 novembre tandis que 12 quitteront Arlit. Une fois l’ensemble des camions regroupés à Agadez, ils prendront la route pour Niamey puis Lomé, en passant par le Burkina Faso.

Le Madmax Uranium Express ne peut pas prendre l’itinéraire habituel pour exporter l’uranium du temps d’ORANO en passant par le Bénin puisque la frontière avec le Niger est fermée depuis le coup d’état en 2023. Il va devoir traverser Niamey, puis Gotheye et Tera, avant de bifurquer vers Dori au Burkina Faso. Le convoi poursuit ensuite vers Ouagadougou, la capitale burkinabè, puis Koupéla, Tenkodogo, Bittou et enfin Cinkansé, à la frontière togolaise, avant de rejoindre le port de Lomé. L’itinéraire va traverser des zones connues pour une présence des GAT. Zone IS-S : de Tahoua aux portes de Niamey; Zone JNIM de Kobadié jusqu’au Nord du Togo.

L’usage du port de Lomé s’inscrit dans l’accord entre la Russie et le Togo signé le 19 novembre 2025, accord qui prévoit aussi la formation des militaires togolais, le partage de renseignements, la tenue d’exercices communs et l’usage des ports respectifs par les deux pays. La Marine Russe aura donc à l’arrivée du convoi Uranium Express un accès privilégié au port de Lomé.

Il reste donc à pister ce convoi exceptionnel pour connaître in fine si sa destination et tenter de trouver qui est l’acheteur prêt à payer en cash ou en or la junte nigérienne.

Contacté, BM TRANS n’a pas répondu au moment de la publication de l’article.

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