
Alors qu’un ex membre du groupe Wagner a sorti un documentaire qui revient un an après sur la bataille de Tin Za Ouatine, il faut bien constater la difficulté russe à prendre cette région du Mali et la guerre réputationnelle interne et externe déclenchée pour le groupe Wagner. A l’heure où le Ministère de la Défense tente de reprendre la main via Africa Corps sur les affaires maliennes, la question de l’Azawad pose encore problème pour le partenaire russe du gouvernement d’Assimi Goita.

C’était il y a un an, entre le 25 et le 27 juillet 2024. Au nord du Mali, 84 mercenaires du groupe Wagner étaient décimés lors d’une embuscade menée par les forces du CSP/Azawad. Parmi les morts figuraient des figures de proue de la galaxie wagnérienne dont Nikita Fedyanin, influenceur pro-guerre lié à la chaîne Telegram Grey Zone. L’opération, aussi brève que meurtrière, porta un coup sévère à l’aura d’invincibilité que Moscou s’évertuait à entretenir autour de ses proxies.
À l’époque, le déploiement du groupe Wagner dans le nord du Mali avait pris une ampleur considérable. Après la prise très médiatisée de Kidal par le 13e régiment des forces spéciales (le “13e SHO”), largement relayée sur Telegram via des capsules de propagande, les mercenaires russes avaient massivement investi la région, en hommes comme en matériel.
Un document confidentiel, dont nous publions ici des extraits expurgés pour des raisons de sécurité, révèle l’implantation d’un réseau de postes avancés dans tout le nord malien:
- Kidal: 7 points militaires avancés avec 23 mercenaires Wagner du 13e sho accompagnés des FAMA et gendarmes
- Anefis: 5 points militaires avancés avec 21 mercenaires Wagner
- Aghelhoc: 5 points militaires avancés avec 39 mercenaires Wagner
- Tessalit: 17 points militaires avancés avec 59 mercenaires Wagner


Levier de négociation pour faire rentrer Africa Corps
De sources propres, cet épisode a enterré la présence du groupe Wagner au Mali qui est depuis remplacé au fur et à mesure au Mali par les forces d’Africa Corps, le projet du Ministère de la Défense russe. Groupe recomposé qui peine à avoir un front uni: commandements encore séparés, quartiers différents dans les bases. Cette version remaniée des mercenaires russes continue d’aller d’échec en échec sur le terrain.
Exactions en série et Propagande de la terreur
Un an plus tard, le constat est sans appel. Le groupe Wagner dans sa version réformée a vu son crédit s’effondrer dans le paysage sécuritaire malien. Présenté comme une force de stabilisation par la junte de Bamako, l’appui militaire russe s’est transformé en facteur d’insécurité majeure. Loin de contenir la menace djihadiste, les mercenaires russes sont accusés d’avoir alimenté la spirale de la violence.
Le 25 août 2024, à Tinzaouaten toujours, un drone opéré par Wagner tuait 21 civils, dont 11 enfants. Aucun combattant n’était visé. Cette frappe marqua le début d’une séquence de violences indiscriminées, que plusieurs ONG et missions onusiennes documentent aujourd’hui avec précision. Entre novembre 2024 et mai 2025, les exécutions sommaires se sont multipliées. À Nara, Lerneb, Dioura et Tombouctou, les rapports de Human Rights Watch et des Nations Unies font état de massacres ciblés, en particulier contre des populations peules. En février 2025, un guet-apens à Kobé faisait 34 morts parmi les civils. En mars et avril, 65 éleveurs peuls étaient exécutés à Sebabougou. D’autres disparitions forcées sont signalées à Kourma et Belidanédji, avec un schéma récurrent : descentes brutales, détentions arbitraires, corps retrouvés mutilés ou jamais localisés.
Dans le même temps, les canaux Telegram affiliés à Wagner ont diffusé une série de vidéos macabres, mettant en scène des actes de torture et des exécutions. Un usage assumé de la terreur médiatique, que plusieurs juristes qualifient déjà de crimes de guerre. En juin 2025, l’enquête « Story Killers » menée par Forbidden Stories confirmait l’utilisation de plusieurs bases militaires comme centres de détention clandestins, où des civils étaient interrogés et torturés par des instructeurs russes.
Loin d’endiguer la menace terroriste, ces massacres et exactions nourrissent les recrutements dans les groupes armés terroristes. Depuis l’été 2024, le bilan humain ne cesse de s’allourdir. Ce n’est plus seulement l’image de Wagner qui est écornée mais toute la stratégie sécuritaire malienne qui semble avoir échoué. La militarisation à outrance, la répression aveugle et la dépendance aux mercenaires étrangers ont débouché sur un cocktail explosif : violences accrues, effondrement de la confiance, et perte de contrôle territorial.

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