Dans une enquête récente, le média d’investigation Balkan Insight revient sur les personnes impliquées dans la coordination et gestion de camps paramilitaires découverts par les services de renseignement en Bosnie et Serbie, destinés à former des citoyens moldaves à des tactiques de désordre urbain, usage de drones incendiaires, fabrication d’engins explosifs, et affrontements violents contre les forces de l’ordre avec plus de 300 jeunes moldaves entrainés. Pour rappel, lors des élections de 2024, la Moldavie a fait l’objet d’interférences sans précédent orchestrées par des acteurs russes ou proches de la Russie.
Des vétérans des opérations d’influence africaines aux manettes de la guerre hybride européenne
Parmi les personnes impliquées dans les camps d’entraînement, on retrouve deux figures phares de la sphère Prigojine, groupe Wagner: Mikhail Potepkin et Alexandre Volkhonsky. Mikhail Potepkin a été le dirigeant de la société Meroe Gold au Soudan en charge de coordonner les activités minières du groupe Wagner dans le pays.

Potepkin, qui a été à la tête de groupes politiques en Russie, a également fait partie du Back Office/Africa Politology du groupe Wagner en charge des activités de communication stratégique et des opérations d’influence en Afrique avec des actions d’interférence au moment des élections de pays africains choisis. D’après Balkan Insider, Potepkin avait un rôle de coordination des opérations.
Alexandre Volkhonsky (anciennement Sotov) est connu pour son rôle dans le meurtre des journalistes russes en République de Centrafrique venus enquêter sur le groupe Wagner. A l’époque il est à la tête de la société M-Finance en charge des feuilles de salaire des mercenaires du groupe Wagner travaillant sur place. Volkhonsky est alors en contact direct avec Valery Zakharov, conseiller sécurité du Président Touadéra et représentant des activités de Prigojine sur place. Il occupait aussi des fonctions d’instruction sécurité sur place grâce à son passé d’ancien officier des troupes intérieures du Ministère de l’Intérieur.

Suite à son passage en Centrafrique, il a changé de nom de famille et a été en lien avec le Conseil National de Sécurité et de Défense. Il est identifié par les services de sécurité Moldaves comme un des instructeurs pour les entraînements de paramilitaires en Bosnie et Serbie.
Exporter les savoir-faire de la guerre hybride d’Afrique au reste du monde
Ce n’est pas la première fois que des consultants en communication de Prigojine ré-apparaissent ailleurs qu’en Afrique. L’année dernière deux cadres de Africa Politology du groupe Wagner également sous sanction – Yulia Afanasayeva et Maxim Shugalei – avaient oeuvré à préparer le terrain pour une reconnaissance du gouvernement Taliban par la Russie.
En avril dernier, Viktor Lukovenko, autre cadre célèbre du bureau Africa Politology, a été arrêté au Kyrgyzstan pour espionnage. Il avait lancé le Central Asian Initiative sur le modèle de la nouvelle structure d’influence African Initiative l’année d’avant et voyageait régulièrement dans le pays.
L’Afrique a été le creuset d’expérimentations informationnelles débridées pendant presque dix ans et l’expertise de ceux qui ont conduit ces opérations est aujourd’hui exploitée par l’appareil sécuritaire russe pour conduire une guerre hybride sans limite sur le territoire européen.

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