
Il y a bientôt un an, INPACT suivait les premiers déploiements difficiles de l’Africa Corps avec 2500 hommes répartis sur une vingtaine de base au Mali. Avec un coût astronomique entre 500 et 900 millions de dollars US (514,72 milliards de CFA ) depuis 2022, le dispositif russe pour sécuriser la junte malienne peine à délivrer depuis son arrivée au Sahel sur sa promesse sécuritaire.
Le 25 avril 2026, une série d’attaques de grande ampleur a pris de cours l’ensemble des acteurs de la scène sahélienne, avec des attaques coordonnées de Bamako à Kidal, menées par une coalition du Front de Libération de l’Azawad (FLA) sous la direction directe de Alghabass Ag intallah et du Groupe de Soutien A l’Islam et aux Musulmans (GSIM ou JNIM), dirigé par Iyad Ag Ghali.
Au-delà des gains tactiques ou territoriaux pour le FLA et le JNIM, c’est bien un événement politique qui fragilise la junte malienne d’Assimi Goïta et la proposition de valeur de la Russie. A l’heure de la publication de cet article, un départ de 120 – 250 combattants de l’Africa Corps d’après des sources propres a été acté depuis le camp de Kidal vers Gao après une négociation avec le FLA ayant repris le contrôle de la ville. Les Russes auraient aussi négocié un retrait sans combattre de Tessit. Une démarche encouragée par le JNIM dans un communiqué à destination des FAMas.
Les suites de cette nouvelle démonstration de force des groupes armés opérant au Mali, mais aussi au Niger et au Burkina Faso, devraient avant tout se jouer sur le terrain politique. D’une part, le JNIM semble manifester une volonté d’ouverture en direction de la Russie au Sahel, laissant entrevoir la recherche d’un arrangement. D’autre part, cet épisode pourrait accélérer une reconfiguration de l’appareil d’État malien, fragilisé par un nouvel échec majeur de la junte, en dépit d’une communication laborieuse visant à dissimuler l’érosion du contrôle territorial.
INPACT fait un tour d’horizon des événements des 25 et 26 Avril et leurs conséquences pour l’Alliance des Etats du Sahel et l’Afrique de l’Ouest, dans la continuité des dynamiques observées dans cette zone depuis plus de 10 ans..
ATTAQUES SURPRISE…OU PAS
Les attaques observées le 25 avril 2026 sur l’ensemble du territoire malien ne sont pas une surprise pour ceux qui suivent la région sahélienne assidûment, mais elles annoncent des changements significatifs. En effet, quelques jours avant cette journée du 25 avril 2026, une saisie d’un pick-up Toyota transformé en SVBIED à Ersan, au Nord d’Al Moustarat annonçait une action d’ampleur.

Tout d’abord, les opérations contre l’Africa Corps et les Fama, qu’elles soient le fait du JNIM ou du FLA, ont gagné en efficacité grâce à une montée en compétence tactique: emploi des drones FPV, coordination des opérations ou l’usage de munition téléopérée ou de véhicules blindés pris aux Fama ou à l’Africa Corps pour pouvoir mener des attaques sous blindage au plus près des emprises cibles.


La coordination entre les groupes djihadistes et les mouvements rebelles indépendantistes du Nord Mali n’est pas nouvelle non plus. Elle est depuis longtemps enracinée dans des zones d’opération qui se chevauchent, des adversaires communs, s’appuyant sur des liens de solidarité tribale et des arrangements pragmatiques.
La coordination revendiquée à la fois par le JNIM et par le FLA observée durant cette offensive reflète une continuité plutôt que qu’une rupture. Il est assez logique que le JNIM et le FLA se soient préparés à ces attaques conjointement, avec des arrangements pour que chaque partie soit engagée pleinement dans ses objectifs propres. Dans ce cadre et de source propre, via un audio reçu après diffusion sur des groupes communautaires, l’un des cadres du groupe JNIM nommé Abou Qatada al-Azawadi, explique que la raison de l’alliance avec le Front de Libération de l’Azawad est le changement dans leurs statuts lié à la laïcité, ce qui a poussé le JNIM à lever la sentence d’excommunication à son encontre.

Ce qui est toutefois nouveau dans cette coopération, c’est qu’elle est assumée publiquement. Elle ne signifie pas une intégration du FLA dans la doctrine djihadiste du JNIM. Les deux mouvements gardent des visions de gouvernance différentes. Mais elle permet aussi de fragiliser encore plus l’Etat Islamique au Sahel. “Nous sommes tous de l’Azawad. Notre objectif est de dégager le Mali de chez nous” nous confie une source.
Cela montre également qu’un effort délibéré pour intensifier la pression sur le gouvernement et les forces armées maliennes est engagé, même si des limites structurelles existent, notamment la difficulté à s’emparer et à tenir les grands centres urbains. Ce point est particulièrement criant dans l’assaut du JNIM sur Kati qui a montré des combattants se perdant en ville faute de connaissance suffisante des lieux.
En filigrane de cette reconnaissance publique, c’est le positionnement en force politique du JNIM qui est à suivre, notamment en cas de détachement du giron d’Al Qaida qui serait un véritable tournant. Le JNIM démontre une nouvelle fois qu’il est un acteur éminemment politique, en position de force face à la junte qui reste fragilisée par un enfermement dans la capitale et un partenaire russe dont l’efficacité, voir l’engagement au combat reste poussif et visiblement axé autour d’une posture défensive.
ATTAQUES GÉNÉRALISÉES POUR LA LIBÉRATION DE KIDAL
Dès 05h30 du matin, selon un mode d’action largement maîtrisé, les hostilités sont lancées. La maison du ministre de la Défense Sadio Camara est attaquée par un SVBIED.
La maison est partiellement soufflée par l’explosion, ainsi que la mosquée mitoyenne. Les recherches après cette attaque indiqueront que sa femme et son fils ont été tués.


La maison de Assimi Goïta est également visée par une attaque.
Ces attaques des domiciles du ministre de la Défense et du chef de la junte donnent le top départ pour des attaques à Kati, ville de garnison située au Nord Ouest de Bamako qui voit plusieurs camps militaires. Le choix de Kati n’est pas juste géographique pour profiter d’une facilité d’incursion depuis la région de Kayes devenue épicentre de la présence du JNIM dans l’Ouest du Mali. S’attaquer à Kati, c’est s’attaquer à l’architecture du pouvoir de la junte, à la fois militaire et économique.
Les habitants découvrent l’arrivée sans encombre dans Kati d’un groupe de djihadistes en motos et pick-up.

Plusieurs échanges de tirs ont lieu aux abords du Prytanée, de l’aéroport et du camp militaire durant la journée. Un véhicule pris à l’armée malienne et transformé en SVBIED est intercepté. Toutefois, il apparaît que le camp militaire servant notamment à stocker les véhicules récemment livrés au Mali depuis le port de Conakry n’a pas vu d’intrusion. Une certaine confusion apparaît dans les groupes d’assaillants, plusieurs regroupements profitant aux russes pour frapper les colonnes laissent à penser une dispersion des effectifs durant les phases de déplacement et d’assaut.





Les efforts de défense russes se concentrent autour de l’aéroport, avec des frappes menées avec un hélicoptère piloté par un équipage russe.
Après une journée de tension et d’affrontements sporadiques, les forces maliennes reprennent le contrôle de la ville, notamment suite à l’envoi de renforts des forces armées maliennes. Le JNIM renverra d’autres colonnes d’assaut le 26 avril 2026, sans toutefois réussir une nouvelle fois à entrer dans les bases militaires ou l’aéroport.
A Bamako, simultanément aux premières attaques sur Kati, des tirs sont signalés à proximité de l’aéroport de Bamako, abritant la principale base de l’Africa Corps. Les combattants russes ont mis en œuvre des moyens importants pour défendre la plateforme aéroportuaire, repoussant de fait les attaques durant toute la journée.


Cette base connaît un renforcement des effectifs depuis le début de l’année avec des rotations depuis la Russie via la base d’Al Khadim en Libye. D’environ 2500 hommes, une augmentation d’effectifs est en cours de mise en place, permise par des rotations hebdomadaires. Le 24 avril 2026, deux avions cargo IL76 et AN62 étaient d’ailleurs présents sur la plateforme aéroportuaire de la capitale.

Pour accompagner cette montée en puissance mais aussi fournir des éléments de narratifs à la junte, du matériel supplémentaire est transporté par bateau depuis la Russie, débarquée à Conakry.



Plus au Nord, dans le centre, le choix des localités attaquées montrent une volonté de perturber durablement les couloirs logistiques civils et militaires, avec une vraie capacité de couper les accès.
La ville de Mopti est attaquée au niveau du gouvernorat et du commissariat de police.

A Sévaré, autre base majeure de l’Africa Corps, les combats vont durer toute la journée et une partie de la soirée, les assaillants issus notamment du JNIM vont entrer dans le camp militaire Balobo et la gendarmerie.


Les militants du JNIM sont entrés dans la base militaire, ont eu le train de faire l’inspection des différents hangars de stockage du matériel militaire.

Une nouvelle fois, grâce à des frappes d’hélicoptère, les forces armées maliennes aidées de l’Africa Corps ont pu reprendre le contrôle de l’aéroport.

A Gao, le FLA a été à la manœuvre d’une entrée par le Nord de la ville, de la prise du camp militaire installé le long de la RN18. La prise est symbolique, le camp apparaît vide.

Une autre vidéo postée sur les réseaux sociaux montre un véhicule du FLA qui se déplace vers le centre de Gao, “annonçant la prise du gouvernorat” sans toutefois être effectif.

La ville apparaît vide, les commerces observés dans la vidéo postée sont fermés, les habitants sont absents. Plusieurs messages contradictoires annoncent des tirs de mortiers contre le camp militaire servant de base à l’Africa Corps. Un hélicoptère est envoyé en mission de ratissage et est abattu dans la zone de Warabia, au Sud de Gao.

A Kidal, capitale autoproclamée de l’Azawad, très certainement véritable objectif territorial de cette coalition JNIM/FLA, les combats ont majoritairement concerné l’ex base Minusma servant depuis la reconquête de base à un contingent mixte Fama/Africa Corps.
Pendant que certains groupes de combattants ont fixé les troupes dans le camp de Kidal par des tirs de mortier, d’autres groupes ont pris possession du gouvernorat, du camp de la police. Le gouverneur installé par Bamako, le général El Haj Gamou, commandant par ailleurs la milice pro-Bamako nommée Gatia s’est réfugié au camp Minusma, avant de quitter la zone durant la nuit.


Après la saisie de ces points d’intérêt majeurs symboles du pouvoir à remettre en place, les troupes du FLA et du JNIM ont paradé en ville, célébrant un affront levé après l’occupation de la ville par Wagner et les évacuations qui avaient vu les familles touareg se réfugier en Algérie notamment.


Au gouvernorat, le drapeau malien a été baissé, remplacé par le drapeau du FLA.

Les combattants du JNIM sont présents, mêlés aux combattants du FLA. l’un des cadres du JNIM, Abdourahamane Zaza s’exprime depuis le garage du gouvernorat puis dans une des rues de Kidal, entourés de combattants exhibant un drapeau blanc du JNIM en modèle réduit, comparable à celui vu sur plusieurs engins blindés notamment durant les combats de Kidal.

Cette séquence, hautement symbolique pour le JNIM mais aussi pour le FLA se referme par des négociations pour voir l’Africa Corps quitter le camp de Kidal et les autres bases du Nord Mali. Après un accord qui aura surtout créé des tensions avec les forces armées maliennes qui savent leur sort après ce départ.


Elle revêt un caractère stratégique car elle consacre l’inefficacité de l’Africa Corps à mener des actions cinétiques à fort impact, mais surtout et c’est pour cela qu’il est mandaté, à protéger un pouvoir désormais aux abois, coincé entre guerre économique menée contre les convois de carburant venant de Côte d’Ivoire ou du Sénégal, les mines et sites industriels de la bordure Ouest du pays mais aussi à une capacité de ciblage des cadres de la junte directement à leur domicile comme cela a été fait contre Sadio Camara ou d’autres responsables administratifs.
CONSIDÉRATIONS TACTIQUES
Cette séquence de 24h appelle quelques réflexions d’ordre tactique. D’abord elle illustre une capacité opérationnelle à l’échelle du Mali et c’est un enseignement et un enjeu majeur. La junte a face à elle une entité hybride qui est capable de se coordonner dans de vastes espaces, avec une décentralisation du commandement jusqu’aux chefs locaux.
Cette capacité d’action remet en cause la sécurité de la junte, sécurité en partie dévolue à l’Africa Corps. Les actions maximisées par une arrivée massive de combattants et la saturation induite amplifient l’effet de choc, jusqu’aux portes du pouvoir à Bamako.
JNIM et FLA disposent de capacités informationnelles perfectibles mais prises en compte, avec une constante évolution vers des contenus professionnels. Les vidéos prises au format POV durant les opérations appuient les narratifs sur la réalité des combats là où la junte est souvent dans la négation des actions si aucune image n’est publiée. L’engagement en ligne en cours d’action renforce la sensation de simultanéité des opérations et la viralité.
La synchronisation délibérée des opérations du 25 avril 2026 appelle nécessairement une planification centralisée, et donc un échec des services de renseignement maliens. L’exécution décentralisée montre que le choix d’un mode de commandement localisé avec des moyens de communication garantissant la permanence de la liaison apporte un avantage stratégique majeur alors que les forces armées maliennes souffrent de manques dans ce domaine. Le FLA et visiblement le JNIM disposent pour cela de systèmes Starlink déployés sur les véhicules, offrant ainsi une connexion sans rupture et utilisent les drones pour coordonner les opérations. Ce modèle de commandement exige une structuration cohérente avec les intentions des différents groupes engagés. Schématiquement, il est clair que l’intention stratégique a été définie par le haut commandement du JNIM et du FLA, aidés en cela par les relations de proximité tribales et familiales au sein des deux mouvements, avec une déclinaison tactique des objectifs locaux au niveau des groupes de combattants engagés et agrégés autour du pick-up du chef de groupe.
La faible riposte observée hormis des frappes aériennes et quelques combats sur certaines bases ont permis aux assaillants des actions limitées mais à forte valeur ajoutée, montrant par ailleurs un travail de renseignement effectif.
Cette évolution notable désigne désormais une capacité de mener une guerre dans laquelle le FLA occupe l’espace de l’Azawad, quand le JNIM apporte au FLA des moyens militaires importants, très engagés idéologiquement. Chaque groupe a ainsi la capacité d’augmenter sa portée dans un espace pas ou peu contrôlé par l’Etat malien.
UN ACCORD AVEC LA RUSSIE ?
Dans un communiqué publié le 25 avril dernier, le JNIM annonce sa volonté de préserver les relations avec la Russie: “Le groupe Nusrat al-Islam wal-Muslimin annonce également qu’il souhaite neutraliser la partie russe du conflit, en échange de la non-prise de cible de cette dernière et d’une coordination visant à construire une relation future équilibrée et efficace.“.

Verbatim : ” Louange à Celui qui a institué le jihad pour faire triompher la vérité et libérer le pays et le peuple de l’oppression des tyrans et des despotes, et que la prière et la paix soient sur celui qui a été envoyé avec l’épée et le jihad comme une miséricorde pour le peuple ; De plus, nous, le groupe soutenant l’islam et les musulmans, déclarons notre responsabilité pour tout ce qui suit : – L’opération vise le quartier général du président malien, Assimi Goïta – L’opération visait le quartier général du ministre malien de la Défense, Sadio Camara – L’attaque contre l’aéroport international Modibo Keita, dans la capitale malienne Bamako. Ciblage de sites militaires dans la ville de Kati Grâce à Dieu Tout-Puissant et à Sa grâce, nous avons pu prendre le contrôle total de la ville de Mopti et de la plupart des bastions militaires et mercenaires à Sévaré et Gao. La ville de Kidal a également été conquise après une opération réussie menée par notre groupe contre l’armée malienne et les mercenaires de la Légion russe, avec la participation de nos partenaires du FLA. Nous annonçons cette victoire et affirmons qu’elle n’est pas le fruit du hasard, mais bien la grâce de Dieu, fruit d’un travail acharné et constant, d’une coordination sincère avec nos partenaires et grâce à la participation active de nos frères du Front de libération de l’Azawad. Ensemble, nous opérons une véritable transformation, au service de la religion, du pays et du peuple. Le groupe Nusrat al-Islam wal-Muslimin annonce également qu’il souhaite neutraliser la partie russe du conflit, en échange de la non-prise de cible de cette dernière et d’une coordination visant à construire une relation future équilibrée et efficace.” Source : Canal de diffusion du JNIM
Quelques jours auparavant, Africa Corps avait déjà négocié et obtenu la libération de deux otages russes détenus par le JNIM depuis le Mali. Mais depuis ce weekend autre chose est à l’oeuvre. Africa Corps se retire de Kidal, Tessit mais aussi Tessalit Intahaka et Ber suite à des négociations avec le FLA. D’après une source du FLA, “Africa Corps aurait une semaine pour quitter toutes les villes qu’ils occupent”, principalement au Nord du Mali.


L’invitation à quitter les lieux sans poursuite est d’ailleurs étendue aux soldats maliens par le JNIM dans un communiqué datant du 27 avril.
Et dès qu’un départ sera non-négocié, Africa Corps va se risquer à des affrontements, comme notamment à Labbezzanga avec l’Etat Islamique qui semble profiter de la percée du FLA/JNIM pour également prendre des positions.
Cela pose évidemment la question d’un cadre négocié plus grand entre Africa Corps et le JNIM/FLA avec comme concession probable le Nord du pays. Le JNIM va pouvoir se concentrer sur la pression contre la junte pour obtenir des gains politiques, profitant des tensions actuelles et futures entre l’Africa Corps et les autorités militaires maliennes. La Russie va probablement choisir une stratégie du moindre risque plutôt que des confrontations dont l’Africa Corps ne sort jamais vainqueur. Le traumatisme de Tin Zaouaten reste présent.
ATTITUDE DE LA RUSSIE: COMM DE CRISE
La Russie adopte assez rapidement une communication de crise via l’ensemble de ses canaux de communication. On peut voir les comptes d’Africa Corps répondre à l’ensemble des gens qui l’interpellent tout comme JUMANJI Russia ou encore RYBAR Africa. Ces comptes essaient de justifier la situation en reportant la faute sur leur partenaire malien et en insinuant être toujours un partenaire efficace.

Un autre récit est largement propagé par les médias russes et les chaînes de propagande sur le rôle des occidentaux et des ukrainiens dans la formation et le soutien au JNIM et au FLA, leur imputant la responsabilité de ces attaques.


Le rédacteur en chef de African Initiative, qui s’exprime rarement sur son média, publie une tribune intitulée “Le front malien de la Troisième Guerre mondiale”. Artem Kureev évoque la situation au Mali et relaie également le récit du soutien de la France aux opérations menées par le JNIM et le FLA.
Mais l’élément le plus révélateur — et sans doute le plus éclairant quant à la position russe — apparaît ensuite. Le texte souligne la nécessité d’une solution à la fois politique et économique pour réintégrer les régions séparatistes, tout en évoquant l’hypothèse d’une autonomie de nature supranationale pour les Touaregs, “qui devraient devenir une force de soutien à l’Alliance des États du Sahel, malgré les désaccords entre leurs dirigeants et les gouvernements officiels”.
Georgy Borisenko, le vice-ministre des Affaires Etrangères, a donné une version officielle pour la Fédération de Russie relayée par l’agence de presse TASS, plus mesurée indiquant des pertes parmi Africa Corps et la mort de Sadio Camara décrit comme un soutien du rapprochement Russie – Mali. Bien que les chiffres ne soient pas officiellement connus, un proche d’un des membres de Africa Corps a annoncé son décès sur les réseaux sociaux.

QUELLES SUITES À ATTENDRE?
D’abord, après l’annonce de la mort de Sadio Camara et la mise à l’abri de Assimi Goïta, il est évident qu’un remaniement gouvernemental va être nécessaire. La situation des deux autres hommes forts de la junte, Oumar Diarra, hospitalisé suite aux attaques à Kati et Modibo Koné, blessé également, laissent entrevoir une junte affaiblie, confrontée à la réalité sur laquelle elle a menti pour satisfaire sa base bamakoise. Avec une absence de communication et une vacance du pouvoir qui pourrait de fait voir se mettre en place de nouvelles instances, dans la continuité de la junte ou dans une rupture plus ou moins contrôlée.
L’enjeu est de savoir quel est l’effet de ces événements sur les autres pays de l’AES.
Pour la Russie, le bilan est loin d’être positif malgré des actions qui ont sans doute empêché de voir une intrusion dans l’aéroport de Bamako et possiblement de Gao. Toutefois, le départ de Kidal et des autres bases du Nord Mali laisse les forces maliennes seules,avec comme seule option la reddition comme cela a pu être observé à Intahaka.

Au-delà du coût humain et réputationnel, c’est aussi un coût financier certain pour le Mali et la Russie. L’abandon et la destruction de matériels modernes durant cette bataille peut déjà s’établir à plus de 21 millions de dollars, auxquels s’ajouteront le prix des véhicules plus classiques comme les 4×4, les armes, munitions et installations abandonnés.

Cette situation fait finalement les affaires de nouveaux acteurs notamment la Turquie, mais aussi remet sur la table la proposition américaine d’un soutien contre le terrorisme (selon la définition de la junte, incluant FLA au même niveau que le JNIM et l’IS-S) en échange de l’exploitation de permis d’extraction. Aucune de ces options n’est conforme à la notion de souveraineté tant défendue par la junte et qui était un argument massue au moment du coup d’Etat d’Assimi Goïta.




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