
La crise au Moyen-Orient montre une nouvelle fois une convergence entre la Russie et l’Iran. Partenaire stratégique du régime théocratique, la Russie a livré ou avait prévu de livrer des systèmes d’armes avancés, comme 500 lanceurs Verba servant à la défense anti-drones et missiles et 2 500 missiles sur trois ans dès 2027, ainsi que 16 chasseurs Su-35. Téhéran souhaitait intégrer ces apports pour perfectionner ses drones Shahed, testés par la Russie en Ukraine, affirmant détenir “les meilleurs drones au monde”. Cette inversion d’expertise profite à l’Iran dans ses frappes contre les alliés américains au Golfe.
S’il était déjà connu que l’Iran avait aidé la Russie dans son programme de développement du drone Geran-2, inspiré du Shahed-136 iranien, sur le complexe industriel d’Alabuga, un autre soutien plus discret est en place de la part de la Russie.
Moscou fournit à l’Iran des capacités satellitaires critiques via le satellite Kanopus-V, rebaptisé Khayyam, offrant des images optiques et radar 24h/24 pour le ciblage précis. Des lancements conjoints en février 2026 (trois satellites iraniens depuis la Russie) renforcent cette synergie. La Russie partage aussi des données de renseignement sur les positions américaines au Moyen-Orient, aidant Téhéran à frapper radars et centres de commandement.
En effet, le fonctionnement intrinsèque des drones Shahed-136 impose de pouvoir disposer des coordonnées précises de la cible sur laquelle le drone va s’écraser. Pour cela, le recours logique à l’imagerie satellite haute définition civile permet de caractériser la cible, notamment dans un paysage où l’imbrication des objectifs dans les villes du Moyen-Orient est forte. La Russie dispose d’un fournisseur dédié nommé Sputnik, fonctionnant de la même manière que les fournisseurs et concurrents occidentaux.


Planche tarifaire du fournisseur russe d’imagerie satellite grand public Sputnik et de la plateforme de commande des images. Source1 / Source2
Pour contrer ces usages détournés des images satellite grand public, les fournisseurs européens et américains ont mis en place une diffusion différée voire des restrictions zonales pour ne pas voir l’achat par des proxies des images servant au ciblage par l’Iran des pays du Moyen-Orient. Le fournisseur Planet a annoncé un délai de 14 jours, d’autres comme Vandor qui a aussi mis en place une restriction selon le type d’utilisateurs. En pratique, les fournisseurs de données satellitaires, qui opèrent sous licence, mettent en place des protocoles de restriction afin d’éviter des sanctions. Toutes les entreprises américaines qui vendent des images satellitaires se trouvent aujourd’hui dans la même situation.
Cette situation déjà vue avec le conflit en Ukraine rend d’autant plus notable que d’autres acteurs, adversaires et agresseurs dans d’autres parties du monde, semblent intervenir directement au profit de l’Iran. Une parution sur le canal Telegram de la société Satellite Innovative Space Systems LLC, aussi nommée Sputnik, met en avant ses capacités dans la fourniture sans restriction des images satellite en haute définition. Lancée en 2023, la société a un contrat de fourniture de suivi par satellite, télémétrie des communications et l’exploitation de stations radar avec l’Institution budgétaire fédérale-étatique « Centre pour les systèmes de surveillance des pêches et des communications ».

La société est détenue, au travers d’un montage financier plutôt simple, par le groupe sitronics spécialisé dans les micro-composants et par la maison mère des deux sociétés Sistema, qui a eu jusqu’en 2021, une filière aérospatiale. Sistema et Sitronics sont sous sanctions internationales.

La société a partagé des images prises par son satellite Zorkiy-2M montrant des incendies et un énorme panache dans la zone pétrolière de Fujairah — un centre clé de stockage de pétrole sur la côte Est des Émirats arabes unis, qui aurait été touché dans un contexte d’escalade régionale en cours.
Le satellite Zorkiy-2M est un CubeSat russe 12U, nominalement d’usage civil, conçu pour l’observation de la Terre, y compris la surveillance environnementale et le suivi des situations d’urgence. Ce n’est pas un satellite militaire. Mais comme beaucoup de ces systèmes, il est clairement à double usage. Dans le système russe, les capacités commerciales peuvent croiser les intérêts de l’État de manière qui n’est pas toujours transparente.
Pour vérifier cette affirmation, INPACT a consulté les données de suivi publiques du satellite Zorkiy-2M, ID NORAD : 57177. Les données orbitales montrent que le satellite est passé directement au-dessus du centre pétrolier de Fujairah — non pas une fois, mais plusieurs fois dans la fenêtre concernée. La géométrie de visualisation dans l’image publiée correspond également à une capture en ligne droite.

Au début de l’opération Epic Fury et des frappes sur l’Iran, d’autres satellites russes étaient observés grâce à certaines plateformes d’agrégation de données OSINT devenues à la mode parmi les veilleurs et analystes.


Après avoir sollicité l’aide chinoise durant la guerre en Ukraine faute de moyens suffisants et avoir vu la SMP Wagner devenir la première organisation classée comme organisation terroriste à avoir fait l’acquisition de deux satellites chinois, la Russie se positionne de manière discrète auprès de l’Iran comme un partenaire stratégique dans un conflit qui va s’installer dans une guerre d’usure entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran.
A l’identique de ce qui a pu être observé avec les technologies drone en Ukraine, ce conflit pourrait bien servir de banc d’essai à la Russie et son secteur spatial pour développer des technologies de rupture à double usage. Ce partenariat, scellé par un pacte militaire en janvier 2025, inclut aussi cybersécurité et répression interne. Il contourne les sanctions via des transferts discrets, inversant l’aide initiale iranienne en un flux russo-iranien dominant, au risque d’une escalade régionale.




Leave a comment